Le secteur de la musique et du spectacle vivant Ce que dit le Baromètre du CNM

Enseigner la musique, c’est aussi, inévitablement, parler de ceux qui en font leur vie. Lorsqu’un élève demande - avec cette franchise désarmante qui caractérise l’adolescence - si l’on peut vraiment « vivre de la musique », la réponse ne peut se satisfaire ni d’un enthousiasme de façade ni d’une prudence décourageante. Elle mérite d’être ancrée dans des réalités documentées, précises, honnêtes.
C’est précisément ce que permet le Baromètre de l’emploi dans le secteur de la musique et du spectacle vivant, dont le Centre national de la musique (CNM) vient de publier la seconde édition en partenariat avec Audiens (janvier 2026, données 2024). Fondé sur des déclarations sociales nominatives couvrant quatre champs conventionnels - spectacle vivant privé, spectacle vivant public, édition phonographique et édition musicale -, ce document dresse une photographie inédite d’un secteur que nous côtoyons sans toujours en mesurer les contours économiques.
Pour l’enseignant d’éducation musicale, ce baromètre n’est pas seulement un outil d’information : c’est une invitation à faire entrer le monde professionnel dans la classe. Il nourrit les séquences d’orientation, enrichit les projets pédagogiques en les reliant à des réalités sociales concrètes, et ouvre des pistes de réflexion sur la valeur économique et symbolique de la création artistique. Il permet aussi d’aborder, sans détour, des questions que les élèves portent souvent en silence : celle de l’égalité femmes-hommes dans les carrières musicales, celle de la précarité inhérente au statut d’artiste, ou encore celle des multiples compétences - techniques, administratives, commerciales - que requiert aujourd’hui un parcours dans le spectacle vivant. En Normandie comme ailleurs, les structures qui font vivre la musique sur les scènes et dans les studios ont besoin de jeunes formés et lucides sur ce qui les attend. Ce rapport leur tend un miroir.

Un secteur qui vit surtout de l’intermittence

Le premier enseignement du baromètre est sans doute le plus utile à transmettre aux élèves : dans le secteur de la musique et du spectacle vivant, l’emploi stable est l’exception, pas la règle. Les trois quarts des salariés sont des intermittents du spectacle, liés à leurs employeurs par des contrats ponctuels pour chaque prestation. Dans le spectacle vivant privé - concerts, tournées, festivals -, cette proportion dépasse même les 80 %.
Faire de la musique son métier, c’est donc le plus souvent apprendre à naviguer entre des missions, des employeurs et des statuts multiples. C’est une réalité que l’école peut aider les élèves à comprendre et à anticiper, bien avant qu’ils aient à la vivre.

La musique et le chant au cœur du secteur

Sans surprise, les artistes - musiciens, chanteurs, auteurs-compositeurs-interprètes - constituent la population majoritaire du secteur, quelle que soit la branche concernée. Le baromètre leur consacre pour la première fois un focus spécifique : près de 80 000 personnes exercent sous une identité artistique musicale ou vocale dans le périmètre étudié, dont une grande majorité de musiciens instrumentistes.
Presque tous sont intermittents. La rémunération s’exprime en cachets - des forfaits par prestation, déconnectés du temps réellement passé à travailler. Ces cachets médians, autour de 155 à 165 euros bruts par prestation selon les catégories, donnent une idée concrète de ce que représente économiquement une vie d’artiste.

Une carrière plurielle, rarement linéaire

Le baromètre confirme ce que beaucoup d’artistes savent d’expérience : la pluriactivité est la norme. La très grande majorité des musiciens et chanteurs professionnels exercent simultanément dans plusieurs champs - spectacle vivant, enregistrement, enseignement, audiovisuel - et cumulent différents types de contrats au fil de l’année. La carrière musicale ressemble rarement à un emploi unique et continu ; elle se construit plutôt comme un assemblage permanent de projets, de collaborations et de compétences croisées.
C’est une vision du travail que l’éducation musicale peut contribuer à construire, en valorisant dès le collège la polyvalence, la curiosité artistique et la capacité à s’adapter.

Des inégalités de genre qui persistent

Le rapport met en évidence des inégalités significatives entre femmes et hommes, sur lesquelles il est utile de s’arrêter avec les élèves. Les femmes sont moins représentées parmi les artistes, notamment dans les métiers instrumentaux, et leurs cachets restent inférieurs à ceux des hommes. Elles entrent plus tôt dans la profession mais semblent peiner à s’y maintenir aussi longtemps.
Une tendance positive se dessine toutefois : les nouvelles embauches se féminisent, et la part des femmes progresse lentement mais régulièrement dans la plupart des catégories professionnelles. Le chemin reste long, mais la dynamique est là.

Et au-delà des artistes : les métiers techniques

Il serait réducteur de limiter les débouchés du secteur aux seules carrières d’artistes. Le son, la lumière, la régie, la vidéo, la scénographie représentent un quart des emplois dans le spectacle vivant. Ces métiers techniques, eux aussi majoritairement intermittents, offrent des débouchés réels à des jeunes attirés par la musique sans nécessairement vouloir monter sur scène. Les mentionner en classe, c’est élargir les horizons et reconnaître la diversité des façons de contribuer à la vie musicale.

Pour aller plus loin

Le rapport complet est disponible sur le site du Centre national de la musique : https://cnm.fr/wp-content/uploads/2025/05/Barometre-de-lEmploi_CNM_Edition-2025_PUBLICATION-1.pdf
Données issues du Baromètre de l’emploi dans le secteur de la musique et du spectacle vivant – 2e édition (CNM / Audiens, janvier 2026). Périmètre : données 2024.