Annexe 6 : le programme limitatif de spécialité musique
Pour l’épreuve terminale de spécialité musique du baccalauréat 2027, les élèves étudieront principalement deux objets de référence :
- Porgy and Bess de Louis Armstrong et Ella Fitzgerald (1958) ;
- le troisième mouvement (Allegro assai) du Concerto pour violoncelle en la majeur Wq 172 de Carl Philipp Emanuel Bach ;
Louis Armstrong et Ella Fitzgerald : le jazz comme art de l’interprétation
Une rencontre historique
Enregistré en 1958, Porgy and Bess rassemble deux légendes du jazz vocal : Louis Armstrong et Ella Fitzgerald. L’album reprend plusieurs extraits du célèbre opéra de George Gershwin en les transformant grâce au langage du jazz.
Analyse musicale
L’intérêt pédagogique de cette œuvre réside dans plusieurs aspects :
- le dialogue permanent entre les deux chanteurs ;
- l’improvisation et les variations mélodiques ;
- le swing et la souplesse rythmique ;
- la réappropriation d’une œuvre issue du répertoire lyrique.
Dans Summertime, la voix chaleureuse d’Ella Fitzgerald contraste avec le timbre rugueux et expressif Louis Armstrong. Cette complémentarité illustre parfaitement la richesse interprétative propre au jazz.
Carl Philipp Emanuel Bach : un compositeur entre deux mondes
Analyse musicale
Fils de Johann Sebastian Bach, Carl Philipp Emanuel Bach occupe une place charnière dans l’histoire de la musique.
L’Allegro assai étudié au programme présente :
- une grande virtuosité du violoncelle ;
- des contrastes dynamiques marqués ;
- une écriture plus expressive que celle du baroque traditionnel ;
- des procédés annonçant déjà le classicisme de Mozart et Haydn.
Cette œuvre permet aux élèves de comprendre comment les styles musicaux évoluent progressivement et comment les compositeurs construisent les ponts entre les époques.
Écritures, formes, graphismes : quand la musique devient image
Parmi les œuvres inscrites au programme figure un ensemble de pièces issues de la fin du Moyen-Âge, regroupées sous l’intitulé « Écritures, formes, graphismes » :
- Guillaume de Machaut : Ma fin est mon commencement ;
- Johannes Ciconia : Le Ray au soleyl ;
- Jacob Senleches : La Harpe de Mélodie ;
- Baude Cordier : Tout par Compas suy composés.
Ces œuvres appartiennent au courant de l’Ars Subtilior, développé à la fin du XIVᵉ siècle. Elles témoignent d’une recherche extrême de raffinement rythmique, mélodique et graphique.
Une musique à regarder autant qu’à écouter
L’une des particularités les plus fascinantes de ces œuvres réside dans leur représentation graphique.
Ainsi, Tout par Compas suy composés de Baude Cordier est noté dans un manuscrit en forme de cercle, tandis que La Harpe de Mélodie de Jacob Senleches adopte la silhouette d’une harpe.
Ces partitions ne sont pas de simples supports d’écriture : elles participent pleinement au sens de l’œuvre. Le graphisme devient un élément artistique à part entière, créant un dialogue entre la vue et l’ouïe.
Annexe 9 : les musiques ultramarines et la mondialisation culturelle
L’annexe 9 concerne l’enseignement optionnel de musique en première et terminale. Elle s’inscrit dans le champ de questionnement « La place de la musique et de ses pratiques dans la société contemporaine » autour des notions :
- mondialisation ;
- authenticité ;
- identité culturelle ;
- métissage ;
- patrimoine collectif et culture individuelle.
Les Antilles : Eugène Mona et Admiral T
Analyse
La comparaison entre les versions d’Eugène Mona et d’Admiral T constitue un excellent exemple de transmission culturelle.
Chez Eugène Mona :
- importance du créole ;
- présence des instruments traditionnels ;
- ancrage dans la culture martiniquaise.
Chez Admiral T :
- influences dancehall et urbaines ;
- production contemporaine ;
- réinterprétation d’un patrimoine ancien.
Cette confrontation permet d’étudier comment une œuvre évolue tout en conservant son identité.
La Polynésie : le chant comme mémoire collective
Analyse
Les chants polynésiens reposent sur une pratique collective où la communauté joue un rôle essentiel.
Le Himene Tarava se caractérise par :
- une polyphonie dense ;
- des effets vocaux spectaculaires ;
- une forte cohésion du groupe.
Le Haka Enana, pratiqué aux Marquises, associe quant à lui chant, rythme et expression corporelle.
Ces traditions illustrent le rôle fondamental de la musique dans la transmission des savoirs et de l’identité culturelle.
La Réunion : le maloya entre héritage et modernité
Analyse
Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, le maloya est l’une des expressions musicales les plus emblématiques de La Réunion.
Chez Danyel Waro :
- prédominance des percussions traditionnelles ;
- chant en créole réunionnais ;
- transmission d’une mémoire historique.
Le groupe Wati Watia Zorey Band développe quant à lui une esthétique plus ouverte aux influences internationales tout en conservant les fondements du maloya.
Une vision ouverte de la culture musicale
Les annexes 6 et 9 du Bulletin officiel du 22 janvier 2026 témoignent d’une volonté forte : former des élèves capables de comprendre la musique dans toute sa diversité. Le programme associe l’étude d’œuvres phares du répertoire occidental à l’exploration de traditions culturelles souvent méconnues, tout en interrogeant les phénomènes contemporains de mondialisation et de métissage culturel.
En s’appuyant sur les œuvres de L. Armstrong, de E. Fitzgerald, de K.P.E. Bach, des compositeurs l’Ars Subtilior et de ceux des territoires ultra-marins, les élèves découvrent que la musique est à la fois un art, un patrimoine et un puissant vecteur d’identité collective.





